Carence soufre : reconnaître et corriger en grandes cultures

Carence soufre sur colza et céréales : symptômes, périodes à risque, doses en SO3 et formes d'apport pour corriger vite et sauver le rendement.

carence soufre visible sur ble : bande de plantes jaunissantes contre le ble vert

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Une carence en soufre se reconnaît à un jaunissement des feuilles les plus jeunes, en haut de la plante, souvent par taches ou bandes dans la parcelle. Sur colza, elle frappe surtout au printemps, à la montaison et à la floraison. Sur céréales, elle apparaît à partir d'épi 1 cm. Le risque est maximal en sortie d'hiver, après un hiver pluvieux qui a lessivé le soufre des sols. Pour corriger, vous apportez du soufre sous forme de sulfate, tôt, à des doses de 30 à 75 kg de SO3 par hectare selon la culture. Plus vous intervenez tard, moins le rattrapage est efficace.

Pourquoi le soufre manque de plus en plus

Il y a trente ans, le soufre tombait du ciel. Les retombées atmosphériques liées à l'industrie apportaient gratuitement plusieurs dizaines de kilos de soufre par hectare et par an. Les réglementations anti-pollution ont fait chuter ces apports. Résultat : aujourd'hui, le soufre du ciel ne suffit plus pour nourrir une culture exigeante.

Le soufre du sol vient surtout de la matière organique. Il faut qu'elle se minéralise pour libérer du soufre assimilable, sous forme de sulfate. Or cette minéralisation est lente quand les sols sont froids et humides, c'est à dire précisément en sortie d'hiver, au moment où la culture redémarre et réclame du soufre.

Le sulfate est très mobile dans le sol. Il se comporte comme le nitrate : un hiver pluvieux le fait descendre sous les racines ou le lessive vers la nappe. Après un automne et un hiver bien arrosés, le stock disponible en surface peut être presque vide à la reprise. C'est la situation classique qui déclenche une carence.

Les symptômes à reconnaître au champ

Le soufre est un élément peu mobile dans la plante. Quand il manque, la plante ne peut pas le déplacer des vieilles feuilles vers les jeunes. Les symptômes apparaissent donc en haut, sur les pousses récentes. C'est l'inverse de la carence en azote, qui jaunit d'abord les vieilles feuilles du bas.

Sur céréales

Sur blé, orge ou triticale, la carence se manifeste à partir d'épi 1 cm. Les jeunes feuilles jaunissent, parfois jusqu'au vert très pâle, alors que les feuilles du bas restent vertes. Le jaunissement est souvent uniforme sur le limbe, sans nervures qui restent vertes. Dans la parcelle, vous voyez des taches ou des bandes jaunes, souvent sur les zones les plus filtrantes ou les buttes. Un blé carencé en soufre reste rabougri et le tallage peut être réduit.

Sur colza

Sur colza, la carence se voit surtout au printemps, à la montaison et à la floraison. Les jeunes feuilles deviennent claires, parfois marbrées, avec des reflets violacés sur le revers. À la floraison, le signe le plus parlant est la couleur des fleurs : des pétales pâles, presque blancs au lieu du jaune franc. Plus grave encore, la carence provoque des avortements de fleurs et des siliques vides ou déformées. Vous le payez directement en rendement.

CritereCarence en soufreCarence en azote
Feuilles touchees en premierJeunes feuilles, en hautVieilles feuilles, en bas
Mobilite dans la plantePeu mobile, ne migre pasMobile, migre vers le haut
Aspect du jaunissementLimbe pale et uniformeJaunissement progressif depuis la pointe
Repartition dans la parcelleTaches ou bandes, zones filtrantesPlus diffus, lie au precedent et au sol
Signe specifique colzaFleurs pales, siliques videsPlante chetive, vert global terne
Periode typiqueSortie d'hiver et montaisonTout le cycle, surtout montaison

Les périodes et les situations à risque

La carence en soufre n'arrive pas n'importe quand. Elle se concentre sur quelques fenêtres et quelques types de sols. Savoir où et quand surveiller vous évite de courir derrière une carence déjà installée.

La période la plus à risque est la sortie d'hiver et le début du printemps. C'est le moment où la culture repart fort, où la demande explose, et où le sol froid libère encore peu de soufre. Si l'hiver a été pluvieux, le stock de sulfate a été lessivé et le décalage entre l'offre du sol et la demande de la plante se creuse.

Les sols à risque sont faciles à repérer :

  • Sols superficiels, caillouteux ou sableux, qui retiennent peu et se lessivent vite.
  • Sols filtrants ou drainants, où l'eau passe et entraîne le sulfate.
  • Sols pauvres en matière organique, qui minéralisent peu de soufre.
  • Parcelles sans apports réguliers de produits organiques (fumier, compost, lisier).

À l'inverse, un sol argileux, riche en matière organique, recevant du fumier tous les deux ou trois ans, est moins exposé. Le risque n'est jamais nul, mais il est plus faible.

Les cultures les plus sensibles

Toutes les cultures ne réclament pas la même chose. Le soufre entre dans la fabrication des protéines, donc plus une culture produit de protéines et d'huile, plus elle en a besoin.

Le colza est de loin la culture la plus exigeante. Il mobilise jusqu'à 180 kg de SO3 par hectare sur son cycle. C'est une culture à surveiller en priorité : une carence non corrigée peut coûter cher.

Les céréales à paille viennent ensuite. Le blé et l'orge absorbent de l'ordre de 50 à 70 kg de SO3 par hectare. La cinétique d'absorption suit celle de l'azote : l'essentiel se joue pendant la montaison. C'est pour cela que l'apport doit être positionné tôt.

Les protéagineux et les prairies sont aussi concernés, mais le colza et les céréales restent les deux cultures où le sujet est le plus stratégique en grandes cultures.

Quelle dose de soufre apporter

Le soufre se raisonne en kilos de SO3 par hectare. Les références des instituts techniques donnent des fourchettes claires selon la culture et le niveau de risque.

CultureDose conseilleeSituation a risqueStade d'apport
Colza75 kg SO3/haMaintien 75 kgDebut montaison (C2 a D1)
Colza avec apports organiques reguliers50 kg SO3/ha75 kg si sol filtrantDebut montaison (C2 a D1)
Ble et orge20 a 50 kg SO3/ha30 a 60 kg SO3/haDebut tallage a epi 1 cm
Cereale, carence declaree40 kg SO3/haAvant 2 noeudsFoliaire ou sol, avant 2 noeuds

Sur colza, Terres Inovia recommande un apport d'environ 75 unités de SO3 par hectare. Cette dose compense les exportations et offre le meilleur compromis rendement et qualité du grain. Dans les situations qui reçoivent des apports organiques réguliers, au moins tous les deux ou trois ans, la dose peut descendre vers 50 unités de SO3 par hectare.

Sur céréales, Arvalis recommande une grille de décision. La dose se module entre 20 et 50 kg de SO3 par hectare du début tallage à épi 1 cm. Dans les situations les plus à risque, sols superficiels, filtrants, pauvres en matière organique et sans apports organiques réguliers, on monte à 30 à 60 kg de SO3 par hectare selon le potentiel de rendement.

Quand apporter : tôt, toujours tôt

Le bon timing est la clé. Apporté trop tard, le soufre ne rattrape jamais complètement la carence.

Sur colza, l'apport doit être positionné en début de montaison, au stade C2 à D1. Selon les régions, cela va de début février dans le Sud à mars ou début avril dans le Nord. Le soufre est souvent apporté avec le premier ou le deuxième apport d'azote.

Sur céréales, visez la fenêtre du début tallage à épi 1 cm, avec la meilleure efficacité de fin tallage à épi 1 cm. Si une carence se déclare en végétation, ciblez un apport de 40 kg de SO3 par hectare avant le stade 2 noeuds, au sol ou en pulvérisation foliaire. Au delà de 2 noeuds, la correction n'est plus que partielle.

Retenez la règle simple : le soufre se gère en préventif, à la reprise, pas en pompier au mois de mai.

Sous quelle forme apporter le soufre

Les racines n'absorbent le soufre que sous forme de sulfate (SO4). C'est ce qui guide le choix de la forme.

Les engrais sous forme de sulfate sont directement disponibles. Le sulfate d'ammoniaque apporte azote et soufre en un seul passage, pratique en sortie d'hiver. Les ammonitrates soufrés et les solutions soufrées suivent la même logique. Pour un rattrapage rapide en foliaire, le sulfate d'ammoniaque ou le soufre élémentaire micronisé sont utilisés, mais le micronisé doit d'abord se transformer en sulfate dans le sol avant d'agir, ce qui le rend moins immédiat et plus cher.

Le gypse, une source de soufre et de calcium

Le gypse agricole, ou sulfate de calcium (CaSO4, 2H2O), est une source de soufre sous forme de sulfate, donc directement assimilable. Une tonne de gypse apporte de l'ordre de 360 kg de SO3, pour un coût à l'unité de soufre souvent inférieur aux engrais soufrés classiques. C'est exactement la logique du gypse Sulfobase, source de soufre et de calcium.

Son intérêt est double. Il apporte du soufre, et il apporte du calcium qui travaille la structure du sol sans toucher au pH, contrairement à la chaux : c'est tout l'écart entre choisir le bon amendement calcique pour vos sols et un simple chaulage. Sur un sol qui a tendance à se battre ou à se compacter, c'est un atout : meilleure infiltration de l'eau, sol plus aéré, racines qui descendent mieux. C'est aussi pour cela que le gypse structure le sol et améliore l'efficience de l'azote. Le gypse se raisonne plutôt comme un amendement de fond, à l'automne ou en sortie d'hiver, à combiner avec les apports azotés soufrés de printemps qui calent la dose au plus près du besoin de la culture.

Pour aller plus loin

Ce qu'il faut retenir

Une carence en soufre se joue en sortie d'hiver, sur les jeunes feuilles, surtout sur colza et sur sols filtrants après un hiver pluvieux. Surveillez le haut de la plante, pas le bas. Apportez du soufre sous forme de sulfate, tôt, avant épi 1 cm sur céréales et à la montaison sur colza. Comptez 30 à 60 kg de SO3 par hectare sur céréales, environ 75 sur colza. Et raisonnez le soufre en préventif : une carence corrigée trop tard coûte plusieurs quintaux à la récolte.

Sources

  • Terres Inovia, fertilisation soufrée du colza et symptômes de carence
  • Arvalis, carence en soufre sur céréales, grille de décision et fenêtres d'apport

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