Colza engrais vert : couvert, dose et rotation

Le colza engrais vert est un couvert crucifère à forte biomasse et bon piège à nitrates. Dose, période, gel et la rotation à ne jamais oublier.

melange engrais vert leve au champ associant graminees, vesce et phacelie

Partager cet article

Colza engrais vert : le couvert crucifère qui piège l'azote, sous une condition

Le colza engrais vert est un couvert d'interculture rapide et productif : c'est une crucifère (Brassica napus) qui développe une forte biomasse en quelques semaines et qui pompe efficacement les nitrates du sol avant l'hiver. Il ne fixe pas l'azote de l'air, il le piège. Attention à un point : il ne se met jamais dans une rotation qui contient déjà du colza de vente, car c'est la même espèce et vous ouvrez la porte aux maladies.

Colza fourrager et colza de rente : ne les confondez pas

On parle bien ici du colza fourrager, semé comme couvert ou comme dérobée, pas du colza oléagineux que vous récoltez au grain. C'est la même espèce botanique, le Brassica napus, mais deux usages très différents.

Le colza fourrager a été sélectionné pour produire vite beaucoup de feuilles. Il monte plus haut en biomasse que le colza de rente et développe un appareil foliaire dense. Vous ne le récoltez pas en graines : vous le semez pour couvrir le sol, capter l'azote, nourrir la terre ou faire pâturer.

C'est une crucifère, au même titre que la moutarde, le radis ou la navette. Retenez ce point tout de suite, car c'est lui qui commande toutes les règles de rotation dont on parle plus bas.

Ce que le colza engrais vert apporte vraiment au sol

Un couvert n'a d'intérêt que s'il travaille. Le colza fourrager coche plusieurs cases utiles, à condition de le semer tôt.

Un bon piège à nitrates

Le colza fourrager est classé parmi les meilleurs pièges à nitrates. Sa racine pivotante descend chercher l'azote minéral en profondeur et le stocke dans la plante au lieu de le laisser filer vers la nappe. Vous limitez le lessivage de l'automne et de l'hiver, et vous relarguez cet azote au printemps suivant, à la destruction du couvert.

Soyons clairs sur un point que beaucoup mélangent : le colza n'est pas une légumineuse. Il ne fixe pas l'azote de l'air. Ce sont la féverole, la vesce, le trèfle ou le pois qui font ça. Le colza, lui, recycle l'azote déjà présent dans le sol. C'est un piège, pas une pompe à azote gratuit.

Une forte biomasse en peu de temps

Semé assez tôt, le colza fourrager produit beaucoup de matière en 60 à 80 jours. On peut viser 3 à 5 tonnes de matière sèche par hectare sur un semis d'été bien conduit. Cette biomasse protège le sol de la battance, étouffe une partie des adventices et nourrit la vie du sol quand vous l'enfouissez.

Structure du sol et effet engrais vert

Le pivot du colza fissure les horizons de surface et améliore la circulation de l'eau et de l'air. Enfoui jeune, avant de devenir trop ligneux, il libère rapidement des éléments pour la culture suivante. C'est le principe de l'engrais vert : on restitue au sol une matière verte, riche en eau, qui se minéralise vite.

CritèreColza fourrager en couvert
FamilleCrucifère (Brassica napus), même espèce que le colza de vente
Dose en purEnviron 6 kg/ha (180 graines/m2), jusqu'à 8 à 10 kg/ha pour sécuriser
Dose en mélange2 à 3 kg/ha de colza
Période de semisÉté à début automne (fin juin à mi-septembre)
Profondeur2 à 3 cm, 5 cm au maximum
Biomasse3 à 5 tonnes de matière sèche par hectare
Piégeage des nitratesTrès bon, racine pivotante qui pompe l'azote en profondeur
Fixation d'azoteAucune, ce n'est pas une légumineuse
Résistance au gelPartiellement gélif, détruit seulement sous environ -13°C
DestructionLabour ou déchaumage à disques, avant la floraison
Atout principalLevée facile, croissance rapide, couvert peu coûteux
Limite principaleInterdit dans une rotation contenant du colza de vente

Semer le colza fourrager en couvert : dose, période, profondeur

Le colza fourrager est une des espèces les plus faciles à implanter, et une des moins chères. Sa petite graine lève bien pour peu qu'elle soit en contact avec la terre.

En pur, comptez environ 6 kg/ha, ce qui vise à peu près 180 graines au mètre carré. Beaucoup de semenciers montent la dose à 8 ou 10 kg/ha en pur pour sécuriser la couverture. En mélange avec d'autres espèces, on descend souvent à 2 ou 3 kg/ha de colza, car sa vigueur au départ prend vite le dessus si on en met trop.

Semez peu profond : 2 à 3 cm, sans jamais dépasser 5 cm, même en sol sec. La graine est fine, elle n'a pas les réserves pour lever de plus bas.

Côté fenêtre, le colza fourrager en couvert se sème de l'été au début de l'automne, en gros de fin juin à mi-septembre selon votre région. Plus vous semez tôt derrière une moisson, plus vous captez d'azote et plus vous fabriquez de biomasse. Un semis tardif de fin septembre lèvera encore, mais produira nettement moins avant les froids. La règle est simple, et la date de semis du couvert change tout pour la biomasse : chaque jour gagné compte.

Un couvert partiellement gélif : anticipez la destruction

Le colza fourrager est partiellement gélif. Il encaisse sans problème les gelées modérées d'automne et de début d'hiver. Il faut des gels francs et durables, en dessous d'environ -13°C, pour le détruire vraiment.

Concrètement, ne comptez pas sur le gel pour faire le ménage dans la plupart des régions françaises. Dans le Nord et l'Est, un hiver rigoureux peut suffire certaines années. Ailleurs, et dès qu'on cherche une destruction fiable, il faut passer par un moyen mécanique ou chimique.

La destruction au broyeur seul ou au rouleau est peu efficace sur colza fourrager : la plante repart souvent du collet. Le labour reste le moyen le plus sûr pour le détruire et l'enfouir. Un déchaumage à disques bien réglé, en conditions gélives, donne aussi de bons résultats. Détruisez avant la montée à graines : un colza qui fleurit et grène vous prépare des repousses pour des années.

L'erreur à ne jamais faire : colza couvert dans une rotation avec colza de vente

C'est le point de vigilance numéro un, et il justifie à lui seul de réfléchir avant de semer.

Le piège à éviter : ne mettez jamais de colza fourrager en couvert dans une rotation qui contient du colza oléagineux. Colza de vente et colza fourrager sont la même espèce, le Brassica napus. Multiplier les crucifères dans la rotation nourrit les mêmes maladies et raccourcit le retour du colza sur la parcelle. Vous fragilisez votre colza de rente, celui qui rapporte.

Deux maladies sont particulièrement en cause. La hernie des crucifères d'abord : le champignon responsable infecte l'ensemble des crucifères, colza de vente, colza fourrager, navette, radis, moutarde. Terres Inovia rappelle que le retour fréquent du colza et l'implantation de crucifères en interculture favorisent son développement. Le sclérotinia ensuite : c'est une maladie majeure du colza, et chaque plante crucifère en plus dans la rotation entretient l'inoculum du sol.

Il y a aussi la question du pont vert. Un colza fourrager qui pousse entre deux cultures peut servir de relais aux ravageurs et aux maladies qui passent d'un colza à l'autre. Sur une exploitation où le colza oléagineux est dans l'assolement, le jeu n'en vaut pas la chandelle.

La bonne nouvelle : si vous ne cultivez pas de colza de vente, ou sur des parcelles clairement à l'écart de votre sole de colza, le colza fourrager reste un excellent couvert. Sinon, tournez-vous vers une autre famille : une légumineuse pour l'azote, une graminée pour la biomasse racinaire, ou un mélange bien pensé qui évite les crucifères. C'est tout l'intérêt de raisonner la composition de votre couvert végétal plutôt que de semer une seule espèce par habitude.

Semer votre colza fourrager par drone

Semer un couvert au bon moment, c'est souvent semer alors que la parcelle est encore occupée ou tout juste libérée. Le drone répond bien à ce besoin.

Le principe est simple. Le drone survole la parcelle et répartit la graine à la volée, de façon régulière, sans qu'aucune roue ne touche le sol. Pas de tassement, pas d'attente que la terre soit portante. On peut même semer le colza fourrager dans une culture encore sur pied, juste avant récolte, pour gagner de précieux jours de végétation.

Pour un couvert de colza, ce gain de temps se transforme directement en biomasse et en azote piégé. Le semis par drone n'est pas de la pulvérisation : le drone porte une trémie et un disque d'épandage, il sème des graines, il ne diffuse aucun produit. C'est un outil d'implantation rapide, pas un pulvérisateur.

Si votre parcelle se libère tard ou reste difficile d'accès, le semis de couvert par drone permet de couvrir vite et régulièrement, là où un passage de semoir arriverait trop tard.

FAQ

Découvrez nos autres articles de blog