L'engrais vert féverole est une légumineuse qui fixe l'azote de l'air et le restitue à la culture suivante. Comptez 130 à 200 kg/ha en pur, un semis à 4 à 8 cm de profondeur, et une destruction au rouleau ou au gel selon le type. C'est l'un des rares couverts qui reste efficace en semis tardif. Elle donne le meilleur d'elle-même en mélange, associée à une graminée et une crucifère. Voici comment la choisir, la semer et la détruire en grandes cultures.
Pourquoi choisir la féverole comme engrais vert
La féverole appartient à la famille des fabacées, les légumineuses. Comme le pois, la vesce ou le trèfle, elle vit en symbiose avec des bactéries du sol du genre Rhizobium. Ces bactéries captent l'azote de l'air et le fixent dans les nodosités des racines. Résultat : la féverole se nourrit d'un azote gratuit et en laisse une partie au sol pour la culture d'après.
Cet apport n'est pas anecdotique. Selon les essais, une féverole en couvert restitue entre 30 et 60 unités d'azote par hectare à la culture suivante. Sur des couverts bien développés, la plante peut stocker plus de 100 unités d'azote au total, dont une partie devient disponible dès la première année. Sur maïs, des agriculteurs rapportent des économies d'azote de l'ordre de 100 à 120 unités avec un couvert féverole-vesce.
Au-delà de l'azote, la féverole travaille le sol. Son pivot descend en profondeur et fissure les horizons tassés. Il laisse des galeries qui aident l'eau et les racines suivantes à pousser. Sa biomasse aérienne couvre le sol, limite le salissement et protège la structure contre la battance.
Un dernier atout : c'est une légumineuse à gros grain, facile à semer avec le matériel de la ferme. Pas besoin de réglages fins comme pour une petite graine.
Féverole d'hiver ou féverole de printemps
Le choix dépend de votre créneau d'interculture et de la date de destruction visée.
La féverole d'hiver se sème en automne, en général en novembre, parfois jusqu'à mi-décembre dans le sud. Elle traverse l'hiver, redémarre au printemps et produit une forte biomasse. C'est le bon choix pour un couvert long, entre une récolte d'été et une culture de printemps semée tard.
La féverole de printemps se sème plus tôt en interculture, après une moisson de céréale à paille. Elle a un gros avantage : elle est gélive. Un bon coup de froid la détruit toute seule, ce qui simplifie la gestion avant une culture de printemps. Elle convient aux intercultures courtes à moyennes.
Point commun aux deux : la féverole tolère les implantations tardives mieux que la plupart des légumineuses. Si votre fenêtre de semis est étroite ou décalée, c'est une valeur sûre.
| Critere | Feverole d'hiver | Feverole de printemps |
|---|---|---|
| Periode de semis | Novembre a mi-decembre | Fin d'ete apres moisson |
| Rusticite au froid | Resiste jusqu'a -15 C | Gelive des -5 C |
| Type d'interculture | Couvert long | Courte a moyenne |
| Destruction | Rouleau (resiste au gel) | Gel naturel |
| Dose en pur | 150 a 200 kg/ha | 130 a 180 kg/ha |
| Atout cle | Grosse biomasse au printemps | Se detruit seule au gel |
Doses de semis en kg/ha
En pur, visez 130 à 200 kg/ha. La fourchette large s'explique par le poids de mille grains, très variable d'une variété à l'autre.
Le PMG de la féverole va de 250 à 700 grammes, avec un standard autour de 550 grammes. Pour un couvert, cherchez plutôt une variété à petit PMG : à peuplement égal, vous semez moins de kilos et vous payez moins de semence. Une dose de référence courante tourne autour de 180 kg/ha en pur.
Ajustez selon trois facteurs :
- Le sol. En terre pauvre ou pour une couverture rapide, semez plus dru.
- La date. Un semis tardif se rattrape en densité.
- Le PMG. Petit PMG, moins de kilos pour le même nombre de pieds.
La féverole couvre moyennement le sol en pur. C'est pour ça qu'elle donne son plein potentiel en mélange, où une autre espèce occupe l'inter-rang.
Réussir le semis
La règle numéro un : semer profond. La féverole a besoin de 4 à 8 cm de profondeur. Ce n'est pas une petite graine que l'on dépose en surface.
Pour la féverole de printemps en interculture, 4 à 5 cm suffisent si le sol est humide. Pour la féverole d'hiver, descendez à 6 à 8 cm. Un semis profond protège la graine du gel pendant la germination et sécurise la levée. Avant le 20 février ou pour les semis de novembre, visez au moins 7 cm.
La féverole doit lever bien avant les gros gels d'hiver. Semez donc assez tôt pour laisser le temps à la plante de s'installer. Un couvert bien enraciné encaisse mieux le froid qu'une jeune levée fragile.
Côté matériel, un semoir à céréales fait le travail. Un semis en ligne avec un bon contact terre-graine vaut mieux qu'un semis à la volée mal enfoui, surtout si le climat est sec.
Composer un mélange gagnant
Seule, la féverole apporte l'azote mais couvre moyennement. En mélange, elle devient une base excellente. Le principe : une légumineuse pour l'azote, une graminée pour la biomasse et le système racinaire fasciculé, une crucifère ou une espèce à fleurs pour la couverture rapide et les auxiliaires.
Quelques associations qui marchent en grandes cultures :
- Féverole 100 kg/ha + phacélie 5 kg/ha. La base simple et robuste. On peut ajouter une triticale 30 kg/ha et descendre la féverole à 80 kg/ha.
- Avoine de printemps 15 kg/ha + féverole de printemps 50 kg/ha + vesce 7 kg/ha + tournesol 7 kg/ha. Un mélange équilibré, azote et biomasse.
- Féverole de printemps 60 kg/ha + phacélie 4 kg/ha + tournesol 3 kg/ha + sarrasin 6 kg/ha + moutarde blanche 2 kg/ha. Un mélange multi-espèces complet.
Dans un mélange, la dose de féverole baisse par rapport au pur, puisque les autres espèces occupent le terrain. Adaptez selon votre objectif : plus d'azote, montez la part de légumineuses ; plus de biomasse et de structure, renforcez les graminées.
Cette logique de composition est au coeur de nos couverts semés par drone. On calibre le mélange selon votre sol et votre objectif, puis on sème dans la culture en place, sans tassement parce que rien ne roule sur la parcelle. Pour aller plus loin sur le choix des espèces, voyez notre guide pour choisir les graines de votre couvert par drone.
Détruire la féverole au bon moment
La destruction dépend du type de féverole et du climat.
La féverole de printemps est gélive. Dans la plupart des régions, un gel marqué suffit à la coucher. C'est le mode le plus simple et le moins coûteux : vous laissez la nature faire.
La féverole d'hiver résiste au froid. Il faut donc la détruire mécaniquement. Le rouleau est très efficace sur les couverts bien développés, surtout sur les plantes hautes à tige creuse comme la féverole. On passe le rouleau quand la plante est en pleine croissance, elle se couche et ne repart pas.
Sur un couvert à dominante légumineuses, vous pouvez détruire plus tard, jusqu'à trois semaines avant la date de semis de la culture suivante. Le point de vigilance : ne pas semer dans des résidus mal dégradés. Une féverole encore verte et volumineuse au moment du semis gêne la levée.
Retenez la logique : plus le couvert est développé, plus il est sensible à la destruction, sauf au labour. Un couvert jeune est plus dur à coucher qu'un couvert avancé. Ne détruisez pas trop tôt si vous voulez maximiser l'azote et la biomasse, mais gardez la marge pour que les résidus se dégradent.
Combien coûte une féverole en engrais vert
La féverole fait partie des couverts à semence plus chère. Comptez plus de 75 euros par hectare de semence certifiée en pur, contre environ 30 euros pour une moutarde. C'est logique : on sème beaucoup de kilos parce que le grain est gros.
Deux leviers pour maîtriser le budget :
- Choisir une variété à petit PMG. Moins de kilos pour le même peuplement, donc moins de dépense.
- Semer en mélange. La part de féverole baisse et le coût se répartit sur plusieurs espèces, dont certaines bon marché comme la moutarde ou la phacélie.
En face de ce coût, mettez la valeur des 30 à 60 unités d'azote restituées et le travail du sol gratuit assuré par le pivot. Sur une culture suivante gourmande en azote, le couvert se rembourse vite.
Pour aller plus loin
- Semis de couverts par drone : composition du mélange sur mesure et semis dans la culture en place, sans tassement.
- Choisir les graines de votre couvert par drone : garantir un couvert qui travaille vraiment.
- Quelle composition de couvert estival : composer selon la stratégie visée, azote ou biomasse.
- Semer un couvert dans le maïs sur pied : implanter une féverole-vesce sans rouler sur la parcelle.
- Ce que la date de semis change vraiment : impact de la date de semis sur la biomasse produite.


