Mélange engrais vert : composer son couvert selon l'objectif

Comment composer un mélange engrais vert efficace en grandes cultures : espèces, doses en kg/ha, exemples de couverts et erreurs à éviter.

melange engrais vert leve au champ associant graminees, vesce et phacelie

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Un mélange engrais vert bien composé associe trois familles : une légumineuse pour fixer l'azote, une graminée pour la biomasse et la structure, une crucifère pour le sol et le salissement. La règle de base est simple. Vous semez chaque espèce à une fraction de sa dose en pur, et vous calez la composition sur votre objectif principal. Un couvert qui doit nourrir le sol en azote ne se sème pas comme un couvert qui doit casser une semelle de labour. Voici comment raisonner votre mélange, avec les doses, les périodes et les exemples concrets.

Pourquoi mélanger plutôt que semer une seule espèce

Une espèce seule fait bien une chose. La phacélie couvre vite mais ne fixe pas d'azote. La vesce fixe l'azote mais reste plaquée au sol sans tuteur. Le seigle structure en profondeur mais immobilise l'azote l'hiver.

Le mélange combine ces atouts. La graminée sert de tuteur à la légumineuse qui grimpe et reste aérée. La légumineuse apporte de l'azote que la graminée valorise. La crucifère explore un autre horizon de sol avec son pivot. Vous obtenez un couvert plus régulier, plus résistant aux aléas et plus complet qu'une espèce isolée.

Arvalis confirme cette synergie entre légumineuses et non légumineuses dans ses essais cultures intermédiaires. Le mélange sécurise aussi le résultat : si une espèce lève mal à cause d'un coup de sec ou d'une attaque, les autres prennent le relais.

La logique des trois familles

Pensez votre mélange en trois briques, chacune avec un rôle précis.

Les légumineuses fixent l'azote de l'air et le restituent à la culture suivante. Vesce commune, vesce de printemps, trèfle d'Alexandrie, trèfle incarnat, féverole, pois fourrager. Ce sont elles qui font baisser votre facture d'azote au printemps.

Les graminées produisent de la biomasse riche en carbone et structurent le sol par leur chevelu racinaire dense. Avoine rude, avoine brésilienne, seigle, ray-grass. Elles piègent aussi le nitrate avant l'hiver et limitent le lessivage.

Les crucifères et autres espèces à pivot travaillent le sol en profondeur et étouffent les adventices par leur croissance rapide. Moutarde, radis fourrager, navette, phacélie (hydrophyllacée, mais elle joue le même rôle de couverture rapide).

FamilleEspèces typesFonction dans le mélangeDose en pur (kg/ha)Part typique en mélange
LégumineusesVesce, féverole, trèfle incarnat, pois fourragerFixent l'azote de l'air et le restituent à la culture suivanteFéverole 90 à 180, vesce 40 à 60, trèfle 1030 à 50 % de la dose en pur
GraminéesAvoine rude, seigle, ray-grassBiomasse riche en carbone, structure du sol, piège à nitrateAvoine 60 à 120, seigle 100 à 130, ray-grass 8 à 1225 à 40 % de la dose en pur
Crucifères et espèces à pivotMoutarde, radis fourrager, navette, phacélieTravaillent le sol en profondeur, couverture rapide, salissementMoutarde 3 à 6, radis 4 à 6, phacélie 8 à 1215 à 30 % de la dose en pur

Adapter le mélange à votre objectif

C'est l'objectif qui commande la composition, pas l'inverse. C'est la logique du quelle composition pour quelle stratégie de couvert estival : on part du but visé, puis on remonte aux espèces.

Objectif azote

Vous voulez réduire votre apport d'azote sur la culture suivante. Maximisez la part légumineuse, jusqu'à 50 % ou plus de la base. Associez vesce et féverole avec une petite dose de graminée comme tuteur. Détruisez tard, autour de la floraison, pour capter le maximum d'azote fixé.

Exemple : féverole 60 kg/ha + vesce commune 20 kg/ha + avoine rude 20 kg/ha. Vous obtenez un couvert riche en azote qui nourrit le maïs ou la betterave qui suit.

Objectif structure du sol

Vous voulez casser un horizon tassé ou améliorer la portance. Misez sur les espèces à pivot puissant et à chevelu racinaire dense. Le radis fourrager perce les semelles, le seigle développe un système racinaire profond.

Exemple : seigle 60 kg/ha + radis fourrager 4 kg/ha + vesce 15 kg/ha. Le seigle structure en profondeur, le radis perce, la vesce apporte un peu d'azote.

Objectif salissement

Vous voulez étouffer les adventices sur une parcelle sale. Cherchez une couverture rapide et totale du sol. Phacélie, moutarde et avoine lèvent vite et occupent le terrain avant les mauvaises herbes.

Exemple : avoine rude 30 kg/ha + phacélie 3 kg/ha + trèfle d'Alexandrie 8 kg/ha. Le couvert ferme le rang en quelques semaines et prive les adventices de lumière.

Objectif fourrage

Vous voulez aussi récolter une coupe. Privilégiez la biomasse appétente : avoine, vesce, trèfle, pois fourrager. Vous fauchez avant destruction puis vous laissez le reste au sol.

Calculer les doses du mélange

Le principe est constant. Vous ne semez jamais chaque espèce à sa dose en pur. Vous prenez une fraction de cette dose, selon le nombre d'espèces et le poids que vous voulez donner à chacune.

La méthode rapide : dose en pur divisée par le nombre d'espèces du mélange, puis vous ajustez. Si vous voulez que la vesce domine, vous montez sa part à 50 % de sa dose en pur et vous baissez les autres à 25 %. Deux espèces seules peuvent se semer chacune à demi dose.

Attention au poids de mille grains. Une petite graine comme la phacélie ou le trèfle pèse peu : 2 à 4 kg/ha suffisent pour une présence forte. Une grosse graine comme la féverole demande 40 à 80 kg/ha pour exister dans le mélange. Ne raisonnez pas en kg bruts mais en équilibre de population à la levée.

Trois mélanges types prêts à semer

Voici des bases éprouvées. Ajustez les doses selon votre date de semis et votre sol.

Mélange hiver pas cher, semis d'automne : seigle 50 kg/ha + vesce commune 20 kg/ha. Deux espèces, semences bon marché, couvert robuste qui tient le gel. Le seigle phacélie est une autre association classique d'automne, rustique et peu coûteuse.

Mélange complet trois familles, semis fin d'été : avoine rude 25 kg/ha + vesce 15 kg/ha + phacélie 2 kg/ha + radis fourrager 3 kg/ha. Azote, biomasse, structure et couverture rapide réunis.

Mélange azote avant culture de printemps : féverole 60 kg/ha + vesce de printemps 20 kg/ha + avoine 15 kg/ha. Forte restitution d'azote, à détruire à la floraison.

Semis par drone : couvrir vite, sans rouler sur la parcelle

Le drone change la donne pour les couverts, surtout en sursemis dans une culture déjà en place. Rien ne roule sur la parcelle, donc pas de tassement. Vous semez votre mélange dans le maïs ou le tournesol avant récolte, le couvert est déjà levé quand vous moissonnez. Vous gagnez des semaines de croissance.

La dose reste régulière sur toute la surface, même dans les zones où le tracteur ne passe pas bien. Vous couvrez vite, plusieurs hectares à l'heure. Pour un mélange à petites graines comme phacélie et trèfle, la répartition aérienne est homogène et fiable. C'est une façon simple de semer tôt sans attendre que la parcelle soit libre : c'est tout l'intérêt du semis de couverts par drone, à raisonner avec le bon choix de graines pour un couvert semé par drone.

Quand détruire ou enfouir le mélange

Détruisez au plus tard à la floraison. Avant la floraison ou tout début de floraison, la plante est encore tendre et libère le maximum d'éléments minéraux pour la culture suivante. Passé ce stade, le couvert lignifie, immobilise l'azote et risque de monter à graines.

Pour l'enfouissement, ne travaillez jamais un sol humide. Si vous enfouissez 1 à 2 jours après broyage, la décomposition est rapide avec une forte minéralisation. Sinon laissez sécher avant d'incorporer. Comptez environ 35 €/ha pour un passage de rouleau et 55 €/ha pour une incorporation.

Les erreurs à éviter

Ne semez pas chaque espèce à sa dose en pur. Vous obtiendriez un couvert trop dense, concurrence interne, salissement par le couvert lui-même et surcoût de semences.

Ne mettez pas deux espèces qui se font la guerre. Une graminée trop agressive comme le seigle à forte dose écrase une légumineuse fragile. Donnez du tuteur, pas un étouffoir.

Ne négligez pas la date de semis. Un mélange d'été ne se compose pas comme un mélange d'octobre. Plus vous semez tard, plus vous misez sur des espèces rustiques au gel comme le seigle, et moins sur des espèces gélives. La précocité pèse lourd sur le résultat : ce que la date de semis change vraiment sur la biomasse se chiffre en tonnes de matière sèche.

Ne détruisez pas trop tard. Un couvert qui graine devient un salissement pour les années suivantes.

Ne raisonnez pas qu'au prix de la semence. Un mélange à 30 €/ha qui rate vous coûte plus cher qu'un mélange à 50 €/ha qui réussit. Un semis d'automne complet revient autour de 250 €/ha avec main d'oeuvre et destruction.

Sources

Arvalis, Mélanges d'espèces de couverts : des synergies entre légumineuses et non légumineuses. Semences de France, Guide interculture 2024. Agriculture de conservation, Couverts végétaux d'interculture. GRAB, Les engrais verts. Terre-net, La destruction des couverts végétaux.

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