Seigle engrais vert : dose, semis et destruction

Le seigle en engrais vert structure le sol, piège l'azote et nettoie les parcelles. Doses, période de semis, destruction au printemps : le guide complet.

couvert d'engrais vert de seigle vert dense au tallage

Partager cet article

Seigle en engrais vert : le couvert rustique qui structure et nettoie vos sols

Le seigle en engrais vert est un couvert qui protège le sol l'hiver, le structure en profondeur et limite le salissement, sans jamais craindre le gel. Attention à une chose : le seigle est une graminée, pas une légumineuse. Il ne fixe pas l'azote de l'air. Son intérêt d'engrais vert tient à trois leviers concrets : une matière organique abondante, un enracinement qui améliore la structure, et un piégeage de l'azote qui évite les fuites de nitrates pendant l'hiver. Voici comment le semer, à quelle dose, et surtout comment le détruire au printemps sans vous faire piéger.

Le seigle, un engrais vert qui ne fixe pas l'azote

Il faut mettre ce point au clair avant tout le reste, parce que beaucoup de monde se trompe. Le terme "engrais vert" laisse croire que la plante fabrique de l'engrais. C'est vrai pour les légumineuses (vesce, féverole, trèfle), qui captent l'azote de l'air. Le seigle (Secale cereale), lui, est une céréale, une graminée. Il ne fixe rien.

Ce que le seigle fait, et qu'il fait très bien, c'est autre chose :

  • il produit une grosse biomasse qui devient de la matière organique une fois détruite ;
  • ses racines fasciculées ouvrent et structurent le sol ;
  • il capte l'azote minéral présent dans le sol à l'automne et le stocke dans ses tissus, au lieu de le laisser partir dans la nappe.

Autrement dit, le seigle ne crée pas d'azote, il en récupère. L'azote qu'il piège à l'automne est restitué au sol quand le couvert se décompose au printemps. C'est un rôle de garde-manger et de structurant, pas de fournisseur d'engrais. Pour apporter de l'azote, il faut l'associer à une légumineuse.

Pourquoi choisir le seigle en couvert végétal

Le seigle est l'une des espèces les plus fiables pour un couvert d'interculture. Il pardonne les semis un peu ratés, il pousse au froid, et il travaille sur plusieurs tableaux à la fois.

Un système racinaire qui structure le sol

Le seigle développe un chevelu racinaire dense et profond. Ces racines explorent le sol, creusent des galeries et laissent, en se décomposant, un réseau de pores qui améliore l'infiltration de l'eau et l'aération. Sur un sol qui a tendance à se compacter ou à battre, c'est un vrai atout. Le seigle est d'ailleurs souvent choisi pour son effet structurant devant une culture de printemps exigeante en enracinement.

Un piège à nitrate très efficace

C'est l'un des meilleurs couverts pour capter l'azote résiduel avant l'hiver. Sa croissance automnale rapide et son redémarrage précoce au printemps lui permettent d'absorber le nitrate qui, sinon, serait lessivé par les pluies. En zone vulnérable, où la couverture des sols en interculture est encadrée par la directive nitrates, le seigle coche la case du couvert piège à nitrate (CIPAN) sans difficulté.

Rustique et non gélif : il passe l'hiver

Le seigle est la céréale la plus résistante au froid. Le seigle forestier tient jusqu'à des températures de l'ordre de -20 degrés. Concrètement, cela veut dire qu'il ne gèle pas seul en hiver : c'est un couvert hivernant, qu'il faudra détruire vous-même au printemps. C'est un avantage quand vous voulez une couverture continue jusqu'en sortie d'hiver, et un point de vigilance quand vous comptiez sur le gel pour faire le travail à votre place. Contrairement à une moutarde ou une phacélie qui gèlent, le seigle sera toujours là en février.

Un effet allélopathique contre les adventices

Le seigle libère des composés naturels (des benzoxazinoïdes, dont le DIBOA) par ses racines et par ses résidus en décomposition. Ces molécules freinent la germination de plusieurs adventices annuelles à petites graines, comme le chénopode, l'amarante ou le pourpier. L'effet est réel sur ces dicotylédones à petites semences, et faible sur les grosses graines (maïs, soja, tournesol). C'est un désherbage naturel appréciable, surtout en système qui cherche à réduire les herbicides. Mais cette même allélopathie a un revers : elle peut pénaliser une culture semée trop vite derrière le seigle. On y revient plus bas.

CritèreSeigle forestier (multicaule)Seigle fourrager / céréalier
Dose en pur25 à 40 kg/ha70 à 100 kg/ha
Dose en mélange15 à 25 kg/ha30 à 50 kg/ha
Période de semisFin août à mi-octobreFin août à mi-octobre
GélifNon, très rustique (jusqu'à -20 degrés)Non, rustique
Vitesse d'installationRapide, fort tallageRapide
Piégeage de l'azoteTrès bonTrès bon
AtoutsStructure du sol, biomasse, effet allélopathique nettoyantBiomasse, fourrage possible, structure
LimitesNe fixe pas l'azote, à détruire au printempsNe fixe pas l'azote, se lignifie vite si détruit tard

À quelle dose et quand semer le seigle

La dose : en pur ou en mélange

La dose dépend du type de seigle et de l'objectif. Deux grandes familles cohabitent sur le marché des semences :

  • le seigle forestier (ou multicaule), à petites graines et fort tallage, très utilisé en couvert. En pur, comptez de 25 à 40 kg/ha. En mélange, de 15 à 25 kg/ha suffisent, car il talle beaucoup ;
  • le seigle fourrager ou céréalier, à graines plus grosses. En pur pour un couvert, comptez plutôt 70 à 100 kg/ha. En mélange, de 30 à 50 kg/ha.

Dans un couvert d'interculture, le seigle est rarement semé seul. On le met souvent en compagnie d'une légumineuse pour compenser le fait qu'il ne fixe pas d'azote. Dans un mélange, on réduit la dose de seigle pour laisser de la place aux autres espèces.

La période de semis

Le seigle se sème de la fin de l'été jusqu'à l'automne, en gros de fin août à mi-octobre selon la région et le mode d'implantation. Sa rusticité lui permet un semis tardif, là où d'autres espèces n'auraient plus le temps de s'installer avant le froid. Semez à 1 à 2 cm de profondeur en surface ou à la volée, jusqu'à 3 à 4 cm avec un semoir. Plus le semis est précoce, plus la biomasse et le piégeage d'azote seront importants avant l'hiver.

Conseil : ne semez pas trop dense si vous visez un engrais vert à détruire tôt au printemps. Un seigle trop épais et trop lignifié se détruit mal et immobilise l'azote au lieu de le restituer. Calez la dose sur votre objectif, pas sur le principe du "plus il y en a, mieux c'est".

Semer le seigle en couvert par drone

Le seigle est une espèce idéale pour le semis par drone, et pour une raison simple : c'est un couvert qui pardonne. Sa graine germe bien même posée en surface, et sa rusticité lui permet de rattraper un semis qui ne serait pas parfait. Le drone répand la graine par le haut, de façon régulière, sans qu'aucune machine ne roule sur la parcelle.

L'intérêt le plus fort, c'est de pouvoir semer tôt, dans une culture encore en place. Vous survolez un maïs ou un tournesol avant la récolte, le drone sème le seigle entre les rangs, et le couvert est déjà levé quand vous récoltez. Vous gagnez plusieurs semaines d'implantation, donc plus de biomasse et un meilleur piégeage de l'azote avant l'hiver. Et comme rien ne passe sur le sol, pas de tassement, pas d'ornières, même en conditions humides. Pour aller plus loin sur cette technique, voyez comment fonctionne le semis de couverts par drone et comment choisir les bonnes graines de votre couvert.

Détruire le seigle au printemps sans se faire piéger

C'est l'étape la plus délicate. Le seigle non gélif ne disparaît pas seul : vous devez le détruire, et le moment compte autant que la méthode.

Le seigle jeune, au stade tallage ou début montaison, est encore tendre. Son rapport carbone sur azote est bas, il se décompose vite et restitue l'azote qu'il avait piégé. Plus vous attendez, plus la plante monte, se lignifie et devient riche en carbone. À ce stade, sa décomposition est lente et peut provoquer une faim d'azote passagère sur la culture suivante, le temps que les micro-organismes fassent leur travail.

Deux logiques de destruction, selon l'objectif :

  • Engrais vert incorporé, destruction précoce. Si le but est de restituer un maximum d'azote et de matière organique vite disponible, détruisez au stade montaison, avant que le seigle ne file en épi. Un travail superficiel du sol ou un roulage suivi d'un déchaumage font l'affaire.
  • Mulch en semis direct, destruction tardive. Si vous cherchez un tapis de résidus qui couvre le sol et freine les adventices, laissez le seigle monter jusqu'à l'épiaison ou la floraison, puis passez un rouleau destructeur (type rouleau hacheur). Le seigle couché et séché forme un mulch qui reste en surface.

Attention à l'allélopathie et au délai avant la culture suivante. Les composés du seigle qui freinent les adventices peuvent aussi freiner une petite graine semée juste après. Respectez un délai de deux à trois semaines entre la destruction et le semis de la culture suivante, surtout devant une culture à petites graines ou une céréale de printemps. Sur des grosses graines (maïs, soja, tournesol), le risque est faible.

Le seigle en mélange avec d'autres espèces

Puisque le seigle ne fixe pas l'azote, l'associer à une légumineuse est souvent le meilleur choix. Le seigle apporte la structure, la biomasse et le piégeage du nitrate ; la légumineuse apporte l'azote. Le duo classique est le seigle avec une vesce : la vesce grimpe sur le seigle, qui lui sert de tuteur, et le mélange combine couverture du sol, azote et effet nettoyant. On peut aussi l'associer à une féverole ou à un trèfle selon le contexte.

Dans un mélange, on baisse la dose de chaque espèce pour ne pas étouffer les autres. Le seigle étant très tallant et couvrant, on limite sa part pour laisser la légumineuse s'exprimer. Le choix des espèces et des proportions dépend de votre objectif : structurer, produire de l'azote, nettoyer, ou nourrir un troupeau. C'est tout l'enjeu de la composition de votre mélange de couvert.

FAQ

Découvrez nos autres articles de blog