Semis engrais vert : dose, date et profondeur en grandes cultures

Réussir le semis d'un engrais vert en grandes cultures : quelles espèces, quelle dose kg/ha, quand semer, à quelle profondeur, et le semis par drone.

melange engrais vert leve au champ associant graminees, vesce et phacelie

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Réussir un semis d'engrais vert repose sur trois réglages simples : la bonne espèce, la bonne dose en kg/ha et le bon moment. En grandes cultures, on sème le plus souvent en interculture, entre juillet et fin octobre, à 1 à 3 cm de profondeur, avec une dose adaptée à l'espèce et au mélange. L'objectif n'est pas décoratif : couvrir le sol, piéger l'azote, nourrir la vie du sol et préparer la culture suivante. Ce guide donne les doses, les dates, les stades et la méthode, y compris le semis par drone pour gagner du temps avant la moisson.

Engrais vert ou couvert : de quoi parle-t-on

Un engrais vert est une culture semée pour couvrir et nourrir le sol, pas pour être récoltée. On la détruit avant qu'elle graine, puis on restitue la biomasse. En grandes cultures, on parle souvent de couvert d'interculture ou de CIPAN (culture intermédiaire piège à nitrates). Le principe est le même : occuper le sol entre deux cultures de vente.

Les services rendus sont concrets. Le couvert capte l'azote qui, sinon, partirait au lessivage l'hiver. Il structure le sol grâce aux racines. Il produit de la matière organique. Une légumineuse fixe en plus l'azote de l'air et le restitue à la culture suivante. Selon Terres Inovia, le mélange d'espèces est aujourd'hui la norme, car il cumule ces services et sécurise la levée.

Ce guide vise les grandes cultures et la polyculture-élevage, pas le potager. Les doses sont donc en kg/ha, pas en grammes au mètre carré.

Quand semer un engrais vert

Le calendrier de semis d'un engrais vert dépend de la place dans la rotation. En interculture, trois grandes fenêtres existent.

Le semis post-moisson, en juillet, vise un couvert d'été à croissance rapide. Le semis intermédiaire, en août, est la fenêtre la plus large : la plupart des espèces se sèment entre le 20 août et le 10 septembre. Le semis tardif, en septembre ou octobre, réserve les espèces rustiques comme le seigle, qui passent l'hiver.

Quand semer la moutarde en engrais vert ? De la sortie de moisson jusqu'à début septembre. Semée trop tard, elle ne fait pas assez de biomasse avant les gelées. Pour un semis d'engrais vert d'automne, visez donc fin août à mi-septembre selon votre région.

Il existe aussi un créneau de printemps. Sur sol réchauffé, de mi-mars à fin avril, un engrais vert de printemps s'installe vite avant une culture d'été. La moutarde, la phacélie, l'avoine ou le sarrasin conviennent. Comptez 6 à 8 semaines de croissance, puis détruisez 4 à 5 semaines avant la culture suivante.

Règle simple : plus vous semez tôt, plus le couvert produit de biomasse et rend de services. Chaque semaine gagnée compte.

Quelles espèces choisir

Le choix se raisonne par famille, selon l'effet recherché et la culture suivante.

Les crucifères comme la moutarde blanche ou le radis fourrager lèvent vite, couvrent le sol et pompent les nitrates. À éviter avant un colza, pour ne pas cumuler les maladies de la même famille.

Les graminées comme l'avoine, le seigle ou l'avoine rude produisent beaucoup de biomasse et un enracinement dense qui structure le sol.

Les légumineuses comme la vesce, le trèfle incarnat ou la féverole fixent l'azote de l'air et le restituent à la culture suivante. C'est le poste le plus intéressant devant un maïs ou un blé exigeant en azote.

Les petites graines comme la phacélie complètent le mélange, attirent les pollinisateurs et gèlent facilement, ce qui simplifie la destruction.

EspeceFamilleDose en pur (kg/ha)Profondeur (cm)Fenetre de semis
Moutarde blancheCrucifere6 a 10 (1 en melange)1 a 2Sortie moisson a debut sept.
PhaceliePetite graine8 a 101 a 2Aout a mi-sept.
AvoineGraminee402 a 3Aout a mi-sept.
VesceLegumineuse25 a 302 a 3Aout a debut sept.
FeveroleLegumineuse120 a 1803 a 5Aout a mi-sept.
SeigleGraminee40 a 602 a 3Sept. a oct. (passe l'hiver)
Radis fourragerCrucifere6 a 101 a 2Aout a debut sept.

En pratique, un bon mélange associe une graminée, une légumineuse et une petite graine. Devant un maïs, Arvalis recommande de viser 60 à 75 % de légumineuses (féverole, vesce, pois) complétées par 20 à 30 % de graminées et 10 % de petites graines. C'est l'azote de la légumineuse qui prépare la culture gourmande de l'année suivante.

Quelle dose de semis en kg/ha

La dose dépend de l'espèce et du fait de semer pur ou en mélange. En pur, chaque espèce a sa densité de référence. En mélange, la règle de Terres Inovia est simple : la dose de chaque espèce correspond à sa dose en pur divisée par le nombre d'espèces du mélange, puis ajustée selon la part visée.

Quelques repères en pur. La phacélie se sème autour de 8 à 10 kg/ha. La moutarde blanche demande peu : 1 kg/ha suffit largement en mélange, un peu plus en pur. L'avoine tourne autour de 40 kg/ha, la vesce autour de 25 à 30 kg/ha, la féverole de 120 à 180 kg/ha car les graines sont grosses.

Un exemple concret d'Arvalis pour une association avoine, phacélie, trèfle visant 50 % de légumineuse : 7,5 kg/ha de trèfle, environ 8,75 kg/ha pour la graminée et 1,75 kg/ha de phacélie. Un mélange avoine 40 %, vesce 55 %, phacélie 5 % donne aussi une couverture dense qui structure et enrichit en azote.

Ne surdosez pas la moutarde : trop dense, elle monte à graine trop vite et concurrence les autres espèces du mélange.

À quelle profondeur semer

La profondeur de semis conditionne la levée. La règle : plus la graine est petite, moins on l'enfouit.

Les petites graines comme la moutarde ou la phacélie se sèment à 1 à 2 cm. La phacélie germe même mieux à l'obscurité, il faut donc la recouvrir légèrement, mais pas trop. Les graines moyennes comme l'avoine ou la vesce vont à 2 à 3 cm. Les grosses graines comme la féverole descendent à 3 à 5 cm.

Dans un mélange, on cale la profondeur sur la graine dominante en biomasse, sans jamais enterrer les petites graines. Le contact terre-graine reste le point clé : un rappuyage léger après semis, avec un rouleau, améliore nettement la levée en conditions sèches.

Comment semer : les trois méthodes

Comment semer des graines d'engrais vert dépend de votre matériel et de la fenêtre disponible.

Le semis en ligne au semoir donne le meilleur contact terre-graine et la levée la plus régulière. C'est la méthode de référence quand le sol est libéré et que le temps le permet. Un travail superficiel avant semis nettoie le lit de semences.

Le semis à la volée suivi d'un passage d'outil à disques ou de rouleau est plus rapide. La levée est un peu moins régulière, mais on couvre vite de grandes surfaces derrière la moisson.

Le semis par drone est la troisième voie, en plein essor.

Le semis de couvert par drone

Le semis de couvert par drone sème le couvert à la volée, par les airs, sans rouler sur la parcelle. Trois bénéfices concrets pour un agriculteur de grandes cultures.

D'abord, aucun tassement. Rien ne passe sur le sol, ni tracteur ni semoir. Le sol reste intact, ce qui compte surtout en conditions humides.

Ensuite, le semis dans la culture en place. Le drone sème le couvert 15 à 20 jours avant la moisson, sous la céréale ou le maïs encore debout. Les graines profitent de l'humidité résiduelle et germent avant même que la paille tombe. On gagne plusieurs semaines de croissance par rapport à un semis post-moisson, et ce que la date de semis du couvert change vraiment sur la biomasse est spectaculaire.

Enfin, la vitesse et la régularité. Le drone couvre vite de grandes surfaces et répartit la dose de façon homogène, y compris dans les parcelles difficiles d'accès où le tracteur ne passe plus.

Un point technique à connaître : la graine reste en surface, sans enfouissement. Le contact terre-graine est donc moins bon qu'au semoir. On compense en majorant la dose de 20 à 30 % et en visant une fenêtre humide. Le choix des espèces compte aussi : bien choisir vos graines pour un couvert par drone qui travaille vraiment fait la différence. Bien piloté, le semis par drone permet un couvert plus précoce, donc plus efficace.

Réussir la levée : les points de vigilance

Un couvert qui rate, c'est souvent une histoire d'eau et de contact terre-graine. Quelques réflexes.

Semez sur sol frais ou juste avant une pluie annoncée. L'humidité déclenche la germination. Soignez le lit de semences : une terre trop motteuse laisse les petites graines sans contact. Rappuyez après semis quand c'est sec.

Adaptez l'espèce à la date. En septembre-octobre, oubliez les espèces gélives précoces si vous voulez de la biomasse avant l'hiver, sauf si le gel fait justement partie de votre plan de destruction.

Pensez à la destruction dès le semis. Sur une terre argileuse à ameublir, choisissez un couvert à fort enracinement comme le radis ou le seigle : leurs racines travaillent le sol en profondeur mieux qu'un outil. Pour ameublir une terre argileuse, le couvert reste un des leviers les plus économiques.

Détruire le couvert au bon moment

La destruction pilote la restitution d'azote. On détruit avant montée à graine, quand la biomasse est maximale.

Le gel détruit seul les espèces gélives comme la moutarde ou la phacélie, souvent dès les premières fortes gelées. Un roulage en période de gel, en janvier ou février, amplifie l'effet. Le roulage seul demande peu d'énergie mais peut être incomplet si le mélange est hétérogène. Le broyage est plus complet mais plus coûteux en carburant.

Le rapport carbone sur azote guide la vitesse de restitution. Un couvert jeune et riche en légumineuses libère vite son azote. Un couvert âgé et lignifié se dégrade plus lentement mais apporte plus de matière organique durable. À vous de choisir selon votre objectif : nourrir la culture suivante ou nourrir le sol.

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