Sursemis : techniques, doses et réussite | OLIGOPlus

Sursemis d'une prairie ou d'un couvert : quand semer, quelles espèces, quelles doses, comment réussir, et le semis à la volée par drone sans tassement.

sursemis de prairie par drone au-dessus d'une prairie degradee pour regarnir le couvert

Partager cet article

Le sursemis consiste à ressemer dans une végétation déjà en place, sans la détruire. On l'utilise pour regarnir une prairie qui se clairseme, densifier un couvert végétal qui a mal levé, ou introduire des légumineuses dans une culture existante. La graine est déposée en surface ou juste incisée dans le sol, la végétation présente reste debout. C'est deux fois moins cher qu'une rénovation avec labour, mais la réussite dépend d'un contact graine-sol correct et de la pluie qui suit. À ne pas confondre avec le semis direct (qui suit une destruction) ni avec un simple semis à la volée en sol nu.

Sursemis, semis à la volée, semis direct : ne pas confondre

Ces trois termes reviennent souvent mélangés. Ils désignent des choses différentes.

Le sursemis veut dire semer par-dessus une végétation vivante que vous gardez. Une prairie qui s'éclaircit, un couvert trop lâche, une céréale encore debout. La plante en place reste, vous ajoutez de nouvelles graines dedans.

Le semis à la volée est une façon de répartir la graine : on la projette en surface au lieu de la placer en ligne avec un semoir. C'est une méthode de distribution, pas une situation de culture. On peut semer à la volée en sol nu comme dans un couvert.

Le semis direct consiste à semer sans travail du sol, mais après avoir détruit le couvert précédent (glyphosate, roulage, gel). Le sol est libre au moment du semis. Il n'y a plus de concurrence vivante.

Le point commun du sursemis et du semis à la volée dans une culture : la graine se retrouve en surface, au milieu d'une végétation concurrente. C'est ce qui rend ces techniques plus fragiles qu'un semis classique bien enterré. Et c'est là que la précision du dépôt compte le plus.

Quand faire un sursemis ?

La fenêtre dépend de ce que vous sursemez.

Sur prairie, deux créneaux marchent. L'automne (fin août à mi-septembre) est le plus sûr : la végétation en place est moins agressive, le sol reste chaud, et les jeunes plantules ont le temps de s'installer avant l'hiver. Arvalis recommande de viser un sursemis de fin d'été, entre le 15 août et le 15 septembre. Attention quand même : les légumineuses doivent atteindre le stade trois feuilles trifoliées pour supporter les premiers gels. Le printemps (mars-début avril) est possible, mais la concurrence de l'herbe qui redémarre est plus forte, et la sécheresse de fin de printemps peut griller la levée.

Sur couvert d'interculture, le sursemis à la volée se fait souvent juste avant la moisson de la céréale. Les essais Arvalis montrent qu'un semis 0 à 9 jours avant la récolte donne des levées en moyenne équivalentes à un semis après moisson. Au-delà de 9 jours avant, les résultats deviennent beaucoup plus variables.

Sur gazon, la meilleure période va de mi-septembre à mi-octobre, quand la température du sol tient entre 12 et 18 °C. Le printemps (mi-mars à début mai) est un second créneau, à condition que le sol dépasse 12 °C.

Dans tous les cas, la vraie condition, c'est la pluie qui suit. Comptez 10 à 30 mm dans les deux semaines qui encadrent le semis. Sans humidité, la graine reste posée et ne germe pas.

Quelles espèces sursemer, à quelle dose ?

Le choix se joue entre vitesse d'installation et pérennité. Les espèces rapides s'accrochent vite mais durent moins ; les espèces lentes tiennent le long terme mais se font étouffer si la prairie en place est trop dense.

Règle de base : on ne sème pas à demi-dose. Une graine en surface a moins de chances de lever qu'une graine enterrée, donc il faut compenser par la quantité.

EspeceVitesse d'installationPerenniteDose en sursemis
Ray-grass anglaisRapideMoyenne20 a 25 kg/ha (seul)
Ray-grass hybrideRapideFaible a moyenne20 a 25 kg/ha (seul)
Fetuque eleveeLenteForte20 a 25 kg/ha (seul)
DactyleLenteForte20 a 25 kg/ha (seul)
Trefle blancMoyenneForte3 a 5 kg/ha (seul)
Trefle violetRapideMoyenne8 a 10 kg/ha (seul)
Melange graminees-legumineusesVariableBonne25 a 30 kg/ha

Pour un sursemis de prairie, visez 25 à 30 kg/ha en mélange graminées-légumineuses. Pour du trèfle blanc seul, Arvalis descend à 3 à 5 kg/ha, mais le trèfle blanc a de petites graines et un fort pouvoir de recouvrement une fois installé. Les trèfles blancs géants sont plus agressifs et s'imposent mieux face à l'herbe en place. Le ray-grass hybride ou anglais lève vite et sécurise le résultat la première année. La fétuque et le dactyle sont plus lents mais assurent la pérennité.

Un cas particulier : la luzerne. On déconseille de la sursemer sur une luzerne existante. La luzerne produit des composés toxiques pour sa propre espèce (autotoxicité), les jeunes plants ne s'installent pas. Si vous introduisez de la luzerne dans un autre couvert, pensez à inoculer les graines avec le rhizobium (Rhizobium meliloti) le jour du semis, autour de 400 g d'inoculant pour 50 kg de semences, car c'est cette bactérie qui fixe l'azote.

Comment réussir un sursemis : les cinq conditions

Un sursemis rate quand la graine ne touche jamais le sol ou quand la végétation en place l'étouffe. Voici ce qui fait la différence.

1. Un sol assez découvert. Le sursemis convient quand 15 à 30 % du sol est à nu, avec moins de 40 % de bonnes espèces. Si la prairie est encore dense et productive, ce n'est pas la peine : la graine neuve n'aura pas de place.

2. Une végétation rase au moment du semis. Faites pâturer ras ou fauchez pour descendre l'herbe à 3 à 4 cm, idéalement sous 5 cm. Une herse ou une herse étrille passée avant ouvre le couvert et met de la terre à nu. C'est ce qui crée les 10 à 15 % de sol nu minimum dont la graine a besoin pour trouver le contact.

3. Un dépôt peu profond mais au contact. La graine fourragère est petite et a peu de réserves. Elle ne doit pas être enterrée à plus d'un centimètre. Le semoir de sursemis (type Vredo) incise le sol et dépose la graine juste sous la surface. À la volée, c'est la herse et le rappuyage qui font le travail.

4. Un rappuyage juste après. Rouler tout de suite après le semis plaque la graine contre la terre humide. C'est un des gestes qui pèse le plus sur la réussite, surtout en sol séchant.

5. Maîtriser la concurrence après la levée. Ne mettez pas d'azote pendant la période de sursemis, ça dope l'herbe en place au détriment des plantules. Enchaînez des cycles d'exploitation rapides (pâturage ou fauche) pour garder la lumière disponible pour les jeunes plants. C'est le point le plus négligé, et souvent celui qui décide entre un sursemis qui prend et un sursemis qui disparaît.

Côté coût, la mise en œuvre technique tourne entre 25 et 45 €/ha hors semences avec du matériel spécialisé. À l'achat, un semoir de sursemis type Vredo se situe autour de 20 000 € neuf, ce qui explique le passage par une CUMA ou une prestation.

Le sursemis par drone : semer sans rien tasser

Le drone change une chose simple mais lourde de conséquences : rien ne roule sur la parcelle. Pas de tracteur, pas de passage de roues, pas de tassement. C'est décisif dans deux situations où le sol au sursemis pose problème.

Semer dans une culture déjà en place. Quand la céréale est encore debout, un tracteur écrase les rangs et tasse un sol souvent humide en fin de cycle. Le drone survole le couvert et dépose la graine par-dessus, sans toucher les plantes ni le sol. Vous pouvez ainsi installer un couvert d'interculture avant même la moisson, la graine trouve la lumière dès que la céréale est récoltée et que la paille retombe. Les essais montrent d'ailleurs que la paille laissée au sol aide à recouvrir la semence ; quand elle est exportée, les levées sont moins bonnes. C'est exactement ce que permet le semis de couvert par drone dans le maïs, quand la culture est encore debout.

Semer sur sol portant mal. Parcelle détrempée, prairie humide, zone où le tracteur s'enliserait ou lisserait le sol : le drone passe là où la machine ne peut plus aller, sans laisser d'ornière ni de zone tassée.

Les autres bénéfices concrets : on couvre vite (plusieurs hectares à l'heure), la dose est répartie régulièrement sur toute la largeur, et on sème au bon moment sans attendre que le sol ressuie. La contrainte à connaître : le drone porte une charge limitée, ce qui plafonne la dose autour de 10 kg/ha et oriente vers de petites graines, légères et capables de germer sans être enterrées. Le sujet du choix des graines pour un couvert semé par drone mérite d'être creusé à part. Comme toute distribution en surface, on majore la densité d'environ 30 % par rapport à un semis enterré classique pour compenser les pertes.

Le drone ne remplace pas un semoir de sursemis quand vous voulez inciser le sol. Mais pour déposer une graine en surface, vite, partout, sans tasser, dans un couvert ou une culture en place, c'est l'outil qui lève le plus de contraintes d'un coup. Pour aller plus loin sur la méthode, notre prestation de semis de couverts par drone détaille le choix des espèces et le pilotage de la date de semis.

FAQ

Découvrez nos autres articles de blog