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Hausse des intrants : quels leviers d’adaptation ?

Il y a quelques jours, nous avons réuni autour d'un micro Paul Robert (Novalis Terra – organisme de conseil agronomique indépendant) et Guillaume Chedru (Chedru Agronomie – agronome et agriculteur en Seine-Maritime) pour parler d'un sujet qui préoccupe aujourd'hui l'ensemble du monde agricole : la crise des intrants et la tension sur l'azote.

Un échange franc entre deux experts qui accompagnent chaque jour des agriculteurs confrontés à ces défis.

Et parce que le sujet est vaste, nous le traiterons en deux parties :

→ Partie 1 : le contexte de crise et les leviers agronomiques à activer.

→ Partie 2 : un focus complet sur les couverts végétaux — espèces, mélanges, méthodes d'implantation et résultats d'essais

📊 Un contexte sous haute tension

  • Environ 30 % des flux mondiaux d'engrais azotés transitent par le détroit d'Ormuz.
  • La Chine, l’un des principaux exportateurs d’engrais, a fortement restreint ses exportations afin de sécuriser son marché intérieur, aggravant les tensions sur l’offre mondiale.
  • Le Qatar, acteur majeur de la production d’ammoniac et d’urée, subit des perturbations industrielles liées aux tensions régionales et aux infrastructures énergétiques.
  • Les capacités excédentaires de production dans le reste du monde sont très limitées : les usines fonctionnent déjà à plein régime.
  • Construire de nouvelles capacités de production d’engrais demande plusieurs années d’investissement et d’infrastructures.

Résultat : une explosion des prix est déjà en cours, avec des risques réels de ruptures logistiques. Ce n'est pas un scénario hypothétique — c'est une réalité qui s'installe.

Depuis fin février : + 26% sur la solution azotée et + 50 % sur l’urée franco Atlantique.

Et ce n'est pas limité à l'azote. Le phosphore et la potasse sont également sous pression. Comme le rappelle Paul :

"Le TSP, le Super 45, était déjà passé au-dessus de la barre des 700 €/t sur cette campagne. Et ils annoncent encore 200 € d'augmentation. Il va vraiment y avoir un ensemble d'indicateurs qui vont mettre à rude épreuve la rentabilité des exploitations françaises et européennes."

Les prix des intrants explosent, les prix des céréales ne suivent pas. À l’inverse du conflit en Ukraine, le Moyen-Orient n’est pas une zone agricole majeure. Les céréales ne réagissent donc pas à la violence des événements à court terme.

"Avec la baisse de disponibilité d'azote et l'augmentation des prix du phosphore et de la potasse, on va peut-être avoir dans l'hémisphère sud moins de production de céréales. Une tension va se créer sur les marchés et peut-être un rattrapage du cours des céréales. Mais en tout cas, pour l'instant, l'effet ciseaux est très fort. Ce qui est certain, c'est qu'il faut agir sans attendre ce rattrapage hypothétique."

Source : Arthur Portier, ARGUS MEDIA.

💡 Les solutions : court, moyen et long terme

Face à ce constat, Paul et Guillaume ont partagé des leviers concrets et actionnables, à différentes échelles de temps.

⚡ Court terme — Revoir ses choix de cultures et ses sources d'azote

La première question à se poser est simple mais brutale :

"Si les prix des commodités restent stables, avec l’augmentation des intrants, on peut estimer des pertes potentielles de marge de l'ordre de 200 à 300 €/ha. Et donc, on peut arriver à des points critiques."

Concrètement, Paul conseille de revisiter l'assolement culture par culture en regardant le poids de la fertilisation rapporté au chiffre d'affaires dégagé :

"Est-ce qu'il faut continuer à faire autant de blé sur l'assolement, ou est-ce qu'il faut switcher une partie de ces surfaces sur des espèces un peu moins gourmandes comme de l'escourgeon ? Idem sur les oléoprotéagineux — un colza peut être assez gourmand en azote par rapport à un tournesol, par exemple, où les prix se maintiennent."

L'autre levier à activer rapidement, c'est la diversification des sources d'azote. Guillaume apporte ici une comparaison chiffrée :

"Aujourd'hui, l'azote minéral vaut plus d’1,50 € de l'unité (en solution azotée). Avec des fientes de poules / lisiers de porc déshydratés, on est environ à 2,70 € de l'unité."

À première vue, l'organique paraît plus cher mais :

"Il ne faut pas s'arrêter là. Dans un engrais organique, on a tout ce qui est PK derrière aussi. Donc il faudrait faire un calcul sur l'ensemble. Un engrais organique va aussi augmenter notre vie biologique du sol. L'azote minéral, c'est bien, on nourrit notre plante, mais on ne va pas nourrir toute l'activité biologique de notre sol."

Le calcul global — azote + phosphore + potasse + bénéfices biologiques sur la durée — peut donc renverser la comparaison en faveur de l'organique.

🔄 Moyen terme — Réduire l'intensité du travail du sol

Moins de passages = moins de GNR = moins de charges. Guillaume donne les chiffres sur son exploitation :

"Pour semer un hectare de lin textile, je consomme 19 L/ha, en ayant réduit mon parc matériel, mon intensité de travail du sol. Je ne laboure plus. Et un labour, c'est 15 à 20 L/ha. Plus après les autres travaux, donc généralement ceux qui labourent pour implanter un lin textile sont à 60 ou 70 L/ha."

Paul va plus loin :

"Il ne faut pas s'arrêter uniquement au prix du GNR. C'est toute la machinerie qui va derrière. Et si aujourd'hui le GNR coûte 1,40 €, on peut vite multiplier par quatre ce chiffre pour prendre en compte tout le côté entretien matériel, acquisition des tracteurs. Il faudra être très conscient que l'augmentation des cours du pétrole va aussi s'accompagner d'une augmentation très forte de tout le matériel agricole — du prix à l'achat, du prix aussi des pièces d'usure. On l'a bien vu pendant l'effet Covid, il ne faut pas s'attendre à autre chose. Les barèmes d'entraide, les coûts des différents passages, vont être amenés à évoluer. Demain, ils ne seront pas ce qu'ils étaient hier. Et donc ça ouvre évidemment différentes alternatives."

Cette transition vers moins de travail du sol demande du temps et de l'accompagnement — mais les économies générées peuvent être intéressantes.

Source : Terre-Net

🌱 Long terme — Miser sur la biologie et la fertilité du sol

"Il faut aller absolument miser de plus en plus sur la biologie, sur le travail racinaire, sur le travail des plantes, sur le travail des micro-organismes. Le couvert végétal est la clé dans ces systèmes-là. Si vous voulez réduire l'intensité du travail du sol, il faut, dans un premier temps — et c'est obligatoire — réussir vos couverts végétaux."

🌿 Les couverts végétaux : bien plus qu'une contrainte réglementaire

Trop longtemps perçus comme une contrainte, voire un poste de dépense subi, les couverts végétaux sont en train de changer de statut. Dans le contexte actuel, ils deviennent un levier économique à part entière.

Paul détaille les multiples rôles qu'ils peuvent jouer sur la fertilité du sol :

"Le rôle des couverts végétaux, c’est d’abord de limiter les pertes. On parle de l'azote, mais on peut parler aussi du phosphore, pour améliorer sa biodisponibilité. On peut parler aussi de la potasse qui normalement n'est pas mobile dans les sols. Mais aujourd'hui, on a des CEC qui sont saturés, des sols qui ont trop de cations par rapport à la capacité de les retenir. Dans des sables, on peut perdre 150 unités de potasse par an par lessivage. Donc c'est un levier extrêmement important."

Mais pour que le couvert restitue réellement de l'azote à la culture suivante, il faut choisir le bon mélange, semer le plus tôt possible et le détruire vert. Paul précise :

"Si on veut de la restitution d'éléments, il faut produire de la biomasse. Et donc le premier facteur, ça va être la date de levée du couvert. Pour avoir de l'azote qui est restitué, il faut de la légumineuse dans les couverts. Il faut avoir un mélange de couverts qui reste vert, qui n'aille pas trop vite à floraison, pour permettre de garder un rapport carbone sur azote faible et avoir une très bonne restitution des éléments pour la disponibilité des cultures suivantes."

Guillaume complète sur la composition du mélange :

"La crucifère va capter l'azote, mais ne va pas en créer. On va juste limiter les pertes. Donc il faut vraiment des plantes qui vont aller capter de l'azote atmosphérique et le remettre dans le sol — c'est le principe des légumineuses. L’idéal est d’associer au moins 3 ou 4 espèces dans le mélange avec minimum 50% de légumineuses pour avoir de l'azote fixé symbiotiquement. "

Et sur le timing d'implantation, Guillaume insiste :

"Toute plante pousse avec des degrés jour. Donc il faut le semer le plus tôt possible pour capitaliser et avoir le maximum de biomasse. Et maximum de biomasse dit maximum de restitution azotée derrière."

Un couvert semé tard est un couvert qui ne travaille pas pour vous. Chaque jour gagné à l'implantation, c'est de la biomasse, de l'azote et de la matière organique en plus pour la saison suivante.

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