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Semis de couverts avant et après moisson : méthodes, avantages et retours terrain

On est allé à la rencontre de Guillaume Chédru, agriculteur à Goderville (76) et agronome indépendant, pour échanger sur les couverts végétaux et les méthodes d’implantation.

En 2025, il a mis en place une plateforme d’essais pour comparer différentes stratégies : semis après moisson en semis direct et semis avant moisson à la volée.

Retrouvez la vidéo complète de l’interview sur Youtube :

Semis de couverts avant et après moisson : méthodes, avantages et retours terrain - Guillaume Chedru

La ferme : 160 ha en Pays de Caux, sans labour depuis les années 90

On est à deux sur l'exploitation avec mon père Antoine. 160 ha de polyculture : blé, colza, féverole, lin textile de printemps et betteraves sucrières.

On est en sans labour depuis les années 90 et on a commencé à développer les couverts végétaux à l'époque, avec juste des moutardes semées après moisson en déchaumant à la herse rotative.

Aujourd'hui on est à des couverts à 8 tMS/ha, très diversifiés, avec beaucoup de légumineuses.

Pourquoi les couverts végétaux sont incontournables ?

D'abord, protéger le sol contre l'érosion — c'est la raison n°1 ici. Le Pays de Caux, c'est 70 % de limons, très peu d'argile. On reçoit 800 mm de pluie sur l'hiver, 1200 mm sur l'année. À l'époque, mon père ne pouvait pas traverser les parcelles avec la moissonneuse tellement il y avait des ravines de 40 à 50 cm. Aujourd'hui, juste avec l'arrêt du labour et les couverts végétaux, on n'a plus du tout de ravines.

Ensuite, recycler les éléments : les racines vont chercher du PK en profondeur, la partie aérienne et racinaire augmente la matière organique. On est une ferme sans élevage avec 10 % d'argile et on arrive à 2–3 % de matière organique sur certaines parcelles — c'est grâce aux couverts.

Troisième intérêt : étouffer les adventices. La nature a horreur du vide.  Si on a des sols nus pendant l'hiver, le ray-grass, le vulpin, le chardon se développent, montent à graine. Les couverts les étouffent.

Et dernier point, très d'actualité : l'azote et le carbone. On a énormément de légumineuses dans nos couverts, 50 à 60%. Elles nous permettent d'optimiser l'azote organique dans le sol et d'équilibrer nos ratios C/N. On est vraiment dans une démarche de stockage de carbone et de restitution d’azote.

Les différentes méthodes d'implantation

TCS

La méthode la plus conventionnelle = un travail du sol superficiel. L'avantage, c'est qu'on peut faire ça avec les équipements de l'exploitation, on peut aller vite après moisson, faire des mélanges à haute densité. L'inconvénient, c'est qu'on assèche les premiers centimètres en mélangeant de la paille dans le sillon. En année sèche, on peut avoir de gros défauts de levée.

Semis direct (semoir à dent)

La méthode depuis 2013. On ouvre, on place la graine, on referme — sans bouleverser les horizons. On garde la fraîcheur du sol. Idéale pour les intercultures longues. En semis direct, on peut diversifier les espèces : les graminées prennent le relais des radis en octobre-novembre.

Semis avant moisson

L'idée est venue d'une question d'organisation de chantier. Au mois d'août, on a des épandages de matières organiques, du calcaire, des récoltes de lin qui tombent en même temps. Semer avant moisson, c'est échelonner la charge de travail. Et agronomiquement, le couvert peut profiter des pluviométries d'avant moisson, s'enraciner, et démarrer avec 15 jours d'avance.

La plateforme d'essais : avant vs après moisson - 3 mélanges testés, semés le 13 juillet, moisson le 30 juillet

J'ai fait une plateforme d'essais avec la société Cérience, qui commercialise des semences enrobées à l'argile.

Le principe, c'est de partir sur une base de vesce – une taille de graine bien spécifique – et d'enrober des crucifères avec de l'argile pour avoir la même taille.

Ça permet d'épandre avec un épandeur à engrais classique à des largeurs équivalentes, et d'avoir la balistique d'une graine d'engrais.

Résultats :

1️⃣ Mélange 1 : moutarde Brune 15%, vesce velue 40%, vesce Titane 45%

En deux mois et demi, il a fait 4 tMS/ha et capitalisé 60 unités d'azote restituables après destruction. Une pesée fin octobre donnait 5,4 tMS/ha et 82 uN/ha. C'est un résultat vraiment encourageant, surtout pour des intercultures longues.

2️⃣ Mélange 2 : radis fourrager 55%, vesce velue 45%

Il a démarré beaucoup plus rapidement. Par contre, les radis sont montés en gousse très vite, avec un mois de septembre chaud. Au 29 septembre, j'avais 1 tMS/ha seulement. Mais j'avais un étouffement du sol très homogène, pas un centimètre carré de sol visible. Pour les intercultures courtes, entre deux pailles, c'est très bien – on détruit le radis pendant le semis de la céréale.

3️⃣ Mélange 3 : radis fourrager 25%, sorgho du soudan 50%, vesce velue 25%

Un couvert pour la méthanisation ou l'alimentation animale. Il a donné 2,6 tMS/ha au 29 septembre, mais avec une mauvaise homogénéité dans la parcelle. Peut-être un problème de qualité d'épandage. Ce n'est pas le couvert que j'ai retenu pour la suite.

Est-ce que ça vaut le coup de semer un couvert en interculture courte ?

Oui absolument. Une terre agricole nue ne capitalise pas. On ne stocke pas de photosynthèse, pas de carbone, on ne nourrit pas la vie du sol.

Le moindre créneau entre une moisson et un semis de culture principale doit être optimisé.

Le semis avant moisson peut permettre de capitaliser jusqu'à 4 tMS/ha pendant une interculture courte, avec tout ce que ça représente en azote, en NPK, en nourriture pour les bactéries, les champignons, les vers de terre.

Et l'avantage du drone dans tout ça ?

J’y vois plusieurs avantages :

👉 La couverture totale de la parcelle : avec un épandeur à engrais sur tracteur, on a du mal à atteindre la largeur du pulvérisateur. Nous, on est sur 39 mètres — impossible à couvrir. Avec le drone, on ne roule plus dans la parcelle et on peut semer l'intégralité de la surface sans contrainte de largeur.

👉 Zéro passage dans la culture : pas de roues, pas de tassement. Le drone vole au-dessus et répartit les graines de façon homogène.

👉 Un gros débit de chantier : le semis est réalisé avant la récolte, quand le temps est encore disponible sur l'exploitation. On libère du temps post-moisson pour d'autres chantiers.

👉 Avance agronomique : le couvert profite des dernières pluies avant moisson pour s'enraciner. Résultat : jusqu'à 15 jours d'avance sur un semis classique après récolte, et une biomasse supérieure.

Au global, c'est vraiment un outil qui lève les limites du semis avant moisson.

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